L’effet Dunning-Kruger illustré dans mon potager
L’an dernier je me suis lancée dans l’aventure du potager. Oui, plutôt que de se lancer tout de suite dans la théorie de l’effet Dunning-Kruger et du syndrome de l’imposteur, commençons par un petit tour au jardin …
Je sais que je ne sais rien
Un an auparavant je n’y connaissais absolument rien en matière de jardinage. J’avais l’impression de ne pas du tout avoir la main verte et que toutes les plantes qu’on m’offrait (quelle idée de m’en offrir d’ailleurs) finissaient mal. Quand mon chéri a acheté un petit rouleau de paillage pour mettre aux pieds des quelques fraisiers et framboisiers qu’on avait, je l’ai regardé d’un œil bizarre. En mode, « en quel langue il me parle celui-là ! » Bref, j’étais au niveau zéro des connaissances, et je savais que je ne savais rien. C’est ton cas aussi dans les domaines auxquels tu ne t’es jamais intéressé : tu sais que tu ne sais rien.
Je crois que je sais tout
On a acheté une maison avec un grand jardin, et donc j’ai décidé de me lancer dans un potager en permaculture (le truc à la monde qui me paraissait plutôt sympa). J’ai lu quelques livres, regardé quelques vidéos sur YouTube, et j’avais l’impression d’avoir tout compris et de tout savoir. Mieux que ma mère qui elle jardinait depuis des années, j’écartais ses conseils avec dédain (« non mais moi je vais faire autrement en fait »), ainsi que ceux de mon voisin qui a toujours vécu dans une ferme (« même pas bio, et puis quoi encore ! »). Bref, j’avais l’impression de tout savoir. J’étais en réalité au sommet de la montagne de l’ignorance (voire de la stupidité). Je me suis lancée, et à part quelques légumes (grrrr les aubergines !), je m’en suis plutôt bien sortie (j’ai croulé sous les tomates et les courgettes, il parait que c’était l’année parfaite pour ces légumes).

Je crois que je ne sais rien
Et puis cette année j’ai acheté une serre (histoire de passer à la vitesse supérieure). Doublé ma surface de potager. Tenté la culture en tour. Et j’ai découvert une nouvelle méthode de culture : la syntropie. Un nouveau monde s’ouvrait à moi, un nouveau puits de connaissances. Mais qui remettait en cause quelques trucs que j’avais appris précédemment (et en confirmait d’autres, heureusement). J’ai donc testé de nouvelles techniques, planté des trucs plus tôt, en godets plutôt qu’en pleine terre, … Et tout ne s’est pas passé comme prévu. Il a fait très chaud très tôt, puis très froid ce mois-ci. Résultat catastrophique : mes épinards montés en graines sous la serre, mes pommes de terre précoces gelées par le froid. Bref, j’ai compris qu’en fait, je ne savais rien et que j’avais encore beaucoup à apprendre (alors que j’en sais pourtant de plus en plus). D’ailleurs, quand mon voisin m’a conseillé de bien couvrir les pommes de terre, même sous serre, parce que cette nuit ça allait descendre bien bas … je l’ai écouté.
Je sais ce que je sais
Petit à petit, je vais continuer à apprendre,pour atteindre le plateau de la consolidation. Et peut-être qu’un jour je finirai par savoir que j’en sais quand même pas mal (mais il va y avoir du boulot d’abord).
Cette courbe d’évaluation de ses connaissances est souvent utilisée (à tord) pour illustrer l’effet Dunning-Kruger. Les psychologues David Dunning et Justin Kruger Spar ont étudié la question de la surestimation ou sous-estimation de ses connaissances. Et souvent on pense que leur conclusion est cette courbe. Ce n’est pas le cas. Devient-elle fausse pour autant ? Pas forcément, je pense qu’elle s’avère assez souvent vraie.
L’effet Dunning-Kruger
Pour en revenir à Dunning et Kruger, voici ce qu’en dit Wikipédia :
L’effet Dunning-Kruger, aussi appelé effet de surconfiance, est un mécanisme cognitif par lequel les personnes les moins qualifiées d’un groupe tendent à surestimer leur compétence dans un domaine.
Wikipédia
Tout a commencé avec un braquage de banque. Un homme a attaqué 2 banques le visage nu, et recouvert de jus de citron. Il pensait être invisible puisque l’encre au jus de citron est invisible … Dunning et Kruger ont voulu comprendre pourquoi il était si sûr de lui alors qu’il avait tout faux. Résultat : leurs études ont démontré un biais cognitif : les personnes ayant peu de compétences ont tendance à les surévaluer. Alors que les experts ont tendance à s’évaluer plus justement, voire à se sous-évaluer.
Comment ne pas tomber soi-même dans le piège de l’effet Dunning-Kruger et de la surestimation de soi ?
La meilleure façon d’éviter de se surestimer est de toujours continuer à se former, à enrichir ses connaissances et ses compétences. Peu importe que ce soit grâce à des formations, des livres, des conférences, ou de simples vidéos YouTube. Même les plus grands experts continuent à apprendre.
Mais fais attention également à ne pas te morfondre dans la vallée de l’humilité, car c’est peut-être le terreau idéal au syndrome de l’imposteur…
Le syndrome de l’imposteur
Le syndrome de l’imposteur est lui aussi un peu galvaudé. Il est souvent utilisé pour parler des personnes qui manquent de confiance en leurs connaissances ou compétences. En réalité il définit plutôt les personnes qui doutent de la légitimité de leurs succès. Qui n’ont pas l’impression de le mériter. Ce syndrome semblerait toucher 60 à 70% des travailleurs au moins une fois dans leur carrière. Mais si certains passent le cap rapidement, d’autres restent coincés et n’arrivent pas à développer leur potentiel puisqu’ils ont l’impression d’être réellement des imposteurs. Ils vivent dans le doute permanent de leur propre valeur.
Le syndrome de l’imposteur est donc différent de la simple humilité vu dans l’effet Dunning-Kruger. En effet, le doute est quelque chose de normal et de sain. Ce qui pose problème c’est quand il devient chronique et que l’on en vient à se comparer systématiquement aux autres, et à se sous-évaluer systématiquement par rapport à eux.
Bref, un autre piège dans lequel éviter de tomber. Et toi, es-tu déjà tombé dans le piège de la surestimation ou dans celui de l’imposteur ?
